
Quand les conservateurs sont arrivés au pouvoir en janvier 2006, une quantité exceptionnellement faible des élus avaient déjà été membres d’un gouvernement au fédéral. Certaines des positions véhiculées par le premier gouvernement conservateur en 13 ans devaient être défendues par des ministres recrus. Même si Maxime Bernier est le premier ministre conservateur à se voir obligé de démissionner, il n’est pas le premier à montrer la faiblesse des membres du cabinet, ni le premier à être écarter de son poste.
Certains ministres du cabinet originel de Stephen Harper se sont vus mis de côté depuis le début du mandat conservateur. Vic Toews, le premier à être ministre de la Justice, avait beaucoup de mal à défendre les changements que proposaient les conservateurs en matière de criminalité et justice. Ces changements constituaient en la hausse du consentement sexuel de 14 à 16 ans, la baisse de l’âge de la responsabilité criminelle de 12 à 10 ans. Il avait aussi l’intention de diminuer la présomption d’innocence dans certains cas. La difficulté qu’avait eue le ministre à vendre ces réformes lui ont valu son poste.
L’ancienne ministre de l’Environnement, Rona Ambrose, a aussi eu beaucoup de misère à défendre les mesures laxistes des conservateurs en ce qui concerne les changements climatiques. Dans les deux derniers cas, l’opposition majoritaire faisait front commun contre le gouvernement. Les deux ministres ont tous les deux été relégués à des positions moins prestigieuses lors du premier remaniement ministériel.
L’unilingue anglophone, Bev Oda, s’est mis à dos toute la communauté culturelle et artistique du Canada au début de l’été 2007. L’ancienne ministre du Patrimoine avait beaucoup de mal à justifier la retenue de 30 millions de dollars promis aux festivals du Canada. Elle martelait constamment que le gouvernement devait établir des critères de distribution avant d’octroyer les fonds. Pourtant, cette notion de critères de distribution semblait très vague.
Gordon O’Connor, ancien ministre de la Défense, a été un des plus grands embrassements pour le gouvernement Harper. Sa gestion du dossier des prisonniers afghans et des allégations de tortures qu’ils auraient pu subir a fait en sorte que les trois partis d’oppositions ont réclamé sa tête. Il sera relégué au ministère du Revenu et Mme Oda au ministère de la Coopération international en août 2007.
Cependant, malgré ces remaniements, il est demeuré évident que le bureau du premier ministre contrôle toujours d’une main de fer les actions de tous les ministres. En fait, il n’est même pas juste de questionner les compétences des ministres, car ils devaient parfois soutenir des positions indéfendables. D’une autre part, le changement d’un ministre n’a jamais vraiment mené à un changement de cap. Le secteur culturel et la lutte aux changements climatiques ne semblent pas vraiment être de grandes priorités pour le gouvernement Harper et le dossier des détenus afghans a refait surface en novembre dernier cette fois-ci sous le ministre Peter MacKay.
En procédant à deux remaniements ministériels majeurs, le premier ministre n’a seulement voulu changer la perception ou trouver un meilleur candidat pour promouvoir les mêmes idées. Et tous les ministres déplacés sont restés au cabinet, sauf Vic Toews, qui s’est vu donné le poste de Président du Conseil du trésor.
Dans le cas de Maxime Bernier, il y a eu une vraie gaffe personnelle. La polémique entourant son appel à la démission du gouverneur de Kandahar a définitivement faite du bruit. Et ces récentes promesses d’aide matérielle à la Birmanie ne pouvaient être gardées. La vase a tout simplement débordé quand il a oublié ce document confidentiel portant sur l’OTAN chez son ancienne copie, Julie Couillard.
Certes, le tout est peut-être gonflé à l’hélium. Le président français Nicolas Sarkozy a réitéré sa confiance en le Canada malgré l’oubli de ce document par M. Bernier chez Mme Couillard pendant cinq semaines. La possibilité que Mme Couillard était écoutée chez elle a été sérieusement remise en doute par des experts du domaine. Et l’association qu’essayent de faire certains entre M. Bernier et les motards semble boiteuse. Le fait que son ancienne copine, qui n’a pas de dossier criminel, ait déjà fréquenté des motards ne devrait pas venir affaiblir le rôle de Maxime Bernier comme ministre.
Toutefois, l’oubli de ce document était un manquement éthique et moral majeur. Ce qui se passe au cabinet doit y rester, le bon fonctionnement du pays en dépend.
M. Bernier a démissionné et il est le premier ministre conservateur à devoir le faire. Il s’est vu forcé à le faire, car il a trop fait, et non car il était inactif, comme les autres ministres qui ont été écartés. Maxime Bernier a été fortement contre-productif avec ses déclarations trop précipitées sur l’Afghanistan et le Birmanie. Il ne devait pas accompagner M. Harper lors de son voyage en Europe et il ne semblait pas qu’il allait suivre son patron au Moyen-Orient plus tard ce printemps. M. Harper attendait peut-être le départ hâtif de ce ministre.
Il reste maintenant de savoir qui le remplacera, car les candidats de taille se font rares dans le caucus conservateurs. De plus, ce sont M. Harper et certains conservateurs québécois qui sont les plus bilingues du caucus. Dernièrement, ce gouvernement qui devra miser sur le Québec pour augmenter son score aux prochaines élections se trouve un peu dans une situation difficile. Il paraît que M. Bernier demeure apprécié dans sa région de la Beauce, mais la situation n’est probablement pas aussi rose dans le reste du Québec, pour ne pas dire le Canada.
