Wednesday, June 4, 2008

Un sale référendum

Depuis les derniers mois, le journal The Gazette et certains de ses chroniqueurs ont publié des textes d’opinions critiquant le fait que des bulletins de vote apparemment valides ont été refusés lors de la soirée du référendum du 30 octobre 1995. La plus grande part des 86 501 votes rejetés serait des dans des forteresses fédéralistes, donc des présumés votes en faveur du Non.

Ce sujet est présentement d’actualité, car les bulletins de vote du dernier référendum sont supposés être bientôt envoyés à la déchiqueteuse. Cette destruction de preuves juridiques est autorisée par Marcel Blanchet, le directeur général des élections et l’Assemblée nationale ne semble pas s’y opposer. L’avocat Michael Bergman plaide en faveur de la conservation des bulletins de vote afin qu’ils soient révisés pour connaître le véritable score lors de cette soirée d’octobre 1995.

The Gazette est le seul journal qui a récemment publié des articles à propos de cette situation. Cette couverture est honorable, mais elle montre une polarisation entre les différents journaux autour des différents scandales qui ont découlés du référendum de 1995.

Le vase a débordé dans la chronique de Norman Webster dans la Gazette du dimanche, 1 juin. Il a qualifié cette fraude électorale comme étant une, sinon la plus grande de l’histoire politique du Canada. Évidemment, le refus de bulletins de votes valides est inacceptable, mais le camp fédéraliste est responsable de plusieurs irrégularités aussi. Ce n’est peut-être pas tellement l’intégrité du camp du Oui ou du Non qui serait à remettre en cause, mais la légitimité de tout l’exercice référendaire.

L’année passé, à la publication du rapport du juge Bernard Grenier sur les dépenses d’Option Canada lors de la campagne référendaire, il a conclu que le camp fédéraliste avait dépensé 539 000$ de trop en violation de la loi référendaire. Le chroniqueur Michel David du Devoir a aussi rappelé à ce moment que des étudiants du Canada anglais avaient réussi à voter lors du référendum, notamment le premier ministre actuel de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz. M. David a mentionné en une phrase à la fin de sa chronique qu’effectivement des votes en faveur du Non ont été rejetés.

Le chroniqueur du Devoir, un journal de tendance nationaliste, a pris une position partisane contre les fédéralistes. Cependant, depuis les derniers mois, Normand Webster, Don Macpherson, Michael Bergman et la rédaction de The Gazette ont tous publiés des textes d’opinions mettant l’accent sur les irrégularités commises par le camp du Oui en octobre 1995, sans jamais faire la part des choses en rappelant les allégations que les fédéralistes ont reçues.

Évidemment, The Gazette est un journal fédéraliste, mais parfois le journalisme doit aller au-delà de la partisannerie.

Norman Lester et Robin Philpot sont probablement les polémistes qui ont reçu le plus d’attention dans l’ère post-référendaire. Cependant, leur livre Le référendum volé en a reçu bien trop. D’autre part, c’est cette notion de «référendum volé» qui occupe le plus l’imaginaire collectif québécois. Cette situation peut être expliquée entre autre par le fait que The Gazette est le seul média à éclairer les fraudes commises par les souverainistes en 1995.

MM. Lester et Philpot ont continué d’alimenter cette pensée de «référendum volé» quand ils ont fait paraître Les secrets d’Option Canada en pleine campagne fédérale en 2006. Ce livre affirmait qu’Option Canada aurait enfreint à la loi référendaire en ayant dépensé 5 millions de dollars en excès par rapport à ce que stipulait la loi. Les enquêtes du juge Grenier montreront que ce montant est de dix fois moins. Mais en pleine campagne fédérale le dommage était fait et le Bloc québécois en a peut-être profité.

Une vision qui n’a jamais été véhiculée par un média important ou un essayiste est celle accusant le référendum au grand complet d’être illégitime. En partant, les souverainistes et particulièrement Lucien Bouchard étaient la recherche d’une vengeance après le sabotage de l’Accord du Lac Meech. Les souverainistes profitaient d’une opinion publique québécoise insatisfaite avec Ottawa et très favorable à la souveraineté depuis 1990. Mais on ne divise pas un pays, car on veut se venger à court terme.

L’ingérence du fédéral dans la campagne était peut être trop grande aussi. Cette ingérence s’est terminée par le love-in du 27 octobre. Plusieurs personnes du reste du Canada sont venues manifester leur amour du Québec dans les rues de Montréal. Jean Chrétien, premier ministre du Canada, et Jean Charest, chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, y étaient. L’origine du financement de cet évènement demeure toujours inconnue et suspicieux.

Les sentiments d’amertume chez certains nationalistes québécois, l’ingérence du fédéral, les sur-dépenses du camp du Non, les votes refusés en faveur du Non, les files d’attentes et problème d’enregistrements des électeurs dans des forteresses fédéralistes, les résidents du Canada anglais qui ont voté tout de même sont toutes des raisons qui remettent en cause la légitimité de ce processus. La vraie lutte se serait-elle jouée en 1980?