Tuesday, May 13, 2008

Qui aurait cru?

Jean Charest a connu sa première descente en 1990 quand il s’est vu forcé à démissionner du cabinet du Premier ministre Brian Mulroney pour s’être intervenu illégalement dans un processus judicaire. Le jeune député de 32 ans a rapidement rebondit en étant réintégré au cabinet comme ministre de l’Environnement. Il a ensuite suivi le Parti progressiste-conservateur du Canada dans la chute de l’Accord du Lac Meech et de l’Accord de Charlottetown, deux tentatives échouées de réintégrer le Québec à la constitution canadienne. Il a été un des deux seuls députés élus du PPC aux élections fédérales de 1993. Il a finalement mené le défunt parti aux élections de 1997 en récoltant un faible 18% du vote soit 20 sièges sur 301, surtout car le terrain de la droite était occupé par le, aussi défunt, Parti réformiste.

Étant donné ses qualités de débateur, il a été propulsé à la tête du Parti libéral du Québec en 1998 après la démission de Daniel Johnson. Jean Charest était peut-être le seul grand nom fédéraliste qui avait l’étoffe pour affronter les remarquables capacités d’orateur du chef Parti québécois Lucien Bouchard. Cette même année, il a croisé le fer dans une lutte électorale avec le PQ de M. Bouchard. Les libéraux ont en fait reçu plus d’appuis populaires, mais nettement moins de sièges que les péquistes, ce qui leur a valu un retour dans l’opposition. Ceci voulait dire pour Jean Charest, deux défaites électorales, en tant que chef de deux partis différents, en un peu plus d’un an.

Jean Charest sera chef de l’opposition officielle à Québec jusqu’en 2003, lorsque les libéraux remporte un mandat majoritaire. M. Charest avait réussi à paralyser le chef péquiste Bernard Landry lors du débat des chefs pour renverser la tendance de la campagne en sa faveur.

Son premier mandat au gouvernement avait été parsemé de faux pas. La construction de la centrale de gaz du Suroît et le projet de vente du parc nationale du mont Orford, lui ont couté son ministre de l’Environnement, Thomas Mulcair. L’imposition loi 142 a créé une grogne dans le secteur syndicale. L’imposition de la loi 33 a été une gifle pour le système de santé publique québécois, duquel il s’était fait le grand défenseur aux élections de 2003. Il a dû faire marche arrière sur une proposition qui augmenterait les subventions aux écoles juives privées. Même un journal comme The Gazette, généralement clément à l’ordre du PLQ, lui rendait souvent des jugements sévères.

La ferveur souverainiste a aussi été alimentée par le scandale des commandites et la forte performance du Bloc québécois aux élections fédérale de juin 2004. Aux printemps 2005, la souveraineté recueillait un appui de 54%, ce qui était loin d’être rassurant pour M. Charest.

Il est possible de dire que Jean Charest ait vu une première lueur d’espoir quand le Parti conservateur de Stephen Harper a été porté aux pouvoir en janvier 2006. M. Charest, un ancien conservateur fédéral, partage avec M. Harper une vision similaire du fédéralisme. Cette vision que le Premier ministre du Canada appelle «fédéralisme d’ouverture» s’est traduite par l’octroi d’un siège au Québec dans la délégation canadienne à l’UNESCO, le règlement du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces et la reconnaissance des Québécois comme nation par la Chambre des communes. Ce dernier a cependant aussi réussi à se tenir debout devant son homologue fédéral à quelques reprises, particulièrement quand il est allé chercher 350 millions de dollars à Ottawa en février 2007 pour le plan environnemental du Québec.

C’est avec l’élan de cette entente fédérale-provinciale et d’un sondage qui mettait son parti en première place que Jean Charest a rendu visite à la lieutenant-gouverneur pour déclencher des élections après la présentation d’un budget de formalité par son ministre sortant Michel Audet.

Les résultats de ce scrutin, tenu le 26 mars 2007, ont été catégorisés par la percée phénoménale de l’ADQ et le recul historique du PQ. Les analystes ont crié à la catastrophe pour les libéraux qui s’étaient trouvé réduits à un gouvernement minoritaire, mais deux ans auparavant le PQ récoltait 49% des intentions de votes et l’idée que Jean Charest soit reporté au pouvoir semblait inconcevable.

La crise ne se passait pas directement au PLQ, mais c’était le visage de tout le Québec qui était en profond changement. On assistait à des tendances vers le conservatisme tant social qu’économique et une modification dans les façons de concevoir le nationalisme québécois. De plus, Jean Charest était bien au courant du jugement tout de même sévère de la population. Un appui populaire de 33%, un fond historique pour le PLQ et une courte victoire dans son propre compté l’ont forcé à agir en conséquence.

Aujourd’hui, le Premier ministre se porte bien, il est plus à l’écoute de la population et plus attentionné au gouvernement. Il use bien de son sens de l’humour et un soutien de 97% de la part de ces militants ne peut que le faire sourire au moment de célébrer sa dixième année à la tête du Parti libéral. On l’avait néanmoins enterré à de nouveau à l’automne passé, car quelques sondages lui ont accordé de faibles résultats, particulièrement parce qu’il ne s’était pas forgé une place dans le débat identitaire conduit par le PQ et l’ADQ.

Depuis, le Premier ministre s’est fait champion de l’économie vantant l’excellent taux d’emploi, une statistique facilement vendable. Il a aussi mis de côté les rapports Castonguay et Montmarquette qui tendaient fortement vers la droite. Les récents sondages lui sont très favorables, mais il faut les prendre avec autant de cynisme que ceux de l’automne passé. Par contre on ne peut pas oublier qu’il est question de Jean Charest, un homme au parcours imprévisible. Si le court terme est trompeur, le long terme l’est moins. Qui aurait donc cru que cet ancien chef du Parti progressiste-conservateur pourrait être le premier chef de gouvernement au Québec à gagner trois mandats de suite depuis Maurice Duplessis en 1952?

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