Sunday, May 18, 2008

Solutions sans problème

Doit-on se soucier de ce qui se passe dans les ménages du Québec? C’est-à-dire est-ce que la langue parlée dans les foyers du Québec et plus spécifiquement de Montréal doit être chose publique? Non. En fait, il existe des liens entre la baisse du nombre maisons où la langue parlée est le français et comment le français se porte au Québec. Toutefois, ce n’est pas là où est le nœud du problème.

Dans une chronique publiée dans L’actualité, Jean-François Lisée, un ancien conseiller de Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, a mis l’accent sur le fait de parler français à la maison. Il a aussi voulu montrer la distinction entre un immigré qui parle le français et un immigré dont la langue maternelle est le français. Un lien de causalité est remarquable dans la mesure où un nouvel arrivant ayant le français comme langue maternelle, le parlera à la maison et s’intégrera mieux à la majorité québécoise dont la langue maternelle est le français aussi. Cependant, le lien commence à être boiteux. Et un immigrant dont la langue seconde est le français est déjà bien mieux parti que l’autre moitié des immigrants n’ayant aucune connaissance du français.

L’importance de l’immigration au Québec est évidente. Le déséquilibre démographique entre les générations la rendra d’autant plus nécessaire dans les années à venir. Le PQ et les libéraux proposent tous deux une augmentation des seuils. À ce stade-ci, l’attraction d’une plus grande part d’immigrants francophones est un objectif bien trop strict, le gouvernement devra consacrer ses efforts sur l’intégration et la francisation. Il devient clair que le recul du français dans les maisons du Québec est dû à la montée du nombre d’immigrants reçus. Mais on ne peut pas leur interdire de parler leur langue maternelle à la maison. Ces derniers parlent leur langue maternelle à la maison, mais parlent le français au travail. Et la prédominance du français demeure la plus importante dans le monde du travail et en société.

À l’automne dernier, le PQ avait présenté les projets de loi 195 et 196. Ils comprenaient la francisation des PME de 25 à 50 employés, l’inscription à la Charte des droits de la personne du Québec du droit à l’apprentissage du français, une clause sur le respect du patrimoine, la prédominance du français, la protection de la culture québécoise, l’égalité entre les hommes et les femmes et la laïcité des institutions publiques. Une citoyenneté québécoise parallèle à la citoyenneté canadienne était aussi proposée.

L’obtention de cette citoyenneté exigerait une connaissance «appropriée» du français. Cette citoyenneté serait d’autre part requise afin de se présenter aux élections scolaires, municipales et provinciales, de présenter des pétitions à l’Assemblée nationale et de contribuer à la caisse électorale d’un parti politique. M. Lisée est allé plus loin et a recommandé la nécessité de cette citoyenneté pour avoir le droit de vote. Le projet de loi 196 établissait les critères d’une future constitution québécoise.

Les libéraux et l’ADQ ne se sont pas montrés favorables à ce projet. Les libéraux se sont levés contre le projet en raison de la défense de la communauté anglophone et des libertés individuelles, ce qui est honorable. L’opposition de l’ADQ était plus difficile à comprendre. Il y a belle lurette que Mario Dumont parle de l’instauration d’une citoyenneté et d’une constitution québécoises. Serait-ce peut-être le fait que ce projet a été mal reçu par la population qui a incité Mario Dumont à s’y opposer?

Depuis l’automne ce projet a été complètement oublié. Aujourd’hui, le discours de renforcement de la loi 101 de Pauline Marois semble beaucoup moins concis. Elle est allée jusqu’à proposer qu’un employeur devra démontrer la nécessité qu’un seul de ses employés parle une autre langue que le français, si l’employeur exige cela. Pauline Marois n’a pas spécifié les critères de cette nécessité et l’idée de faire du cas par cas selon chaque travailleur semble difficilement applicable. Au niveau de l’individu la proposition est restrictive. Comme dans les grandes villes de l’Europe, la connaissance de l’anglais à Montréal devient une nécessité sans compter pour autant qu’il existe en plus une communauté anglo-québécoise.

Le débat autour de la langue est devenu la nouvelle grande lutte du PQ après l’écartement circonstanciel de la souveraineté. Même si une paix linguistique relative avait été trouvée à la fin des années 80 avec la loi 86 sur l’affichage commercial. La place de la loi 101 dans l’imaginaire collectif québécois demeure importante, même Stéphane Dion a reconnu son importance. L’apport le plus significatif de la loi 101, l’obligation qu’ont les francophones et les immigrants de fréquenter l’école française, demeure intact d’ailleurs.

René Lévesque avait eu beaucoup de difficulté à accepter la loi 101. Au tout début, à la fondation du PQ, il préconisait le libre choix quant à l’éducation. Il venait d’un village bilingue et sa connaissance de l’anglais lui a permis de devenir correspondant de guerre pour l’armée américaine. Il était aussi un défenseur des libertés individuelles. Et la situation de l’époque était beaucoup plus alarmante; une grande part d’immigrants fréquentait l’école anglaise et une importante partie de l’affichage publique était en anglais.

L’enjeu de la langue pour les Québécois, c’est comme l’enjeu de la race pour les Noirs américains. La langue française est le pilier le plus crucial pour la distinction de la nation québécoise. Le PQ en est bien au courant et entend exploiter cette importance accordée à la langue. Mais ces solutions du PQ ne viennent-elles pas à un moment où il n’y a pas de problème réel?

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