Thursday, May 29, 2008

Cafouillages ministériels


Quand les conservateurs sont arrivés au pouvoir en janvier 2006, une quantité exceptionnellement faible des élus avaient déjà été membres d’un gouvernement au fédéral. Certaines des positions véhiculées par le premier gouvernement conservateur en 13 ans devaient être défendues par des ministres recrus. Même si Maxime Bernier est le premier ministre conservateur à se voir obligé de démissionner, il n’est pas le premier à montrer la faiblesse des membres du cabinet, ni le premier à être écarter de son poste.

Certains ministres du cabinet originel de Stephen Harper se sont vus mis de côté depuis le début du mandat conservateur. Vic Toews, le premier à être ministre de la Justice, avait beaucoup de mal à défendre les changements que proposaient les conservateurs en matière de criminalité et justice. Ces changements constituaient en la hausse du consentement sexuel de 14 à 16 ans, la baisse de l’âge de la responsabilité criminelle de 12 à 10 ans. Il avait aussi l’intention de diminuer la présomption d’innocence dans certains cas. La difficulté qu’avait eue le ministre à vendre ces réformes lui ont valu son poste.

L’ancienne ministre de l’Environnement, Rona Ambrose, a aussi eu beaucoup de misère à défendre les mesures laxistes des conservateurs en ce qui concerne les changements climatiques. Dans les deux derniers cas, l’opposition majoritaire faisait front commun contre le gouvernement. Les deux ministres ont tous les deux été relégués à des positions moins prestigieuses lors du premier remaniement ministériel.

L’unilingue anglophone, Bev Oda, s’est mis à dos toute la communauté culturelle et artistique du Canada au début de l’été 2007. L’ancienne ministre du Patrimoine avait beaucoup de mal à justifier la retenue de 30 millions de dollars promis aux festivals du Canada. Elle martelait constamment que le gouvernement devait établir des critères de distribution avant d’octroyer les fonds. Pourtant, cette notion de critères de distribution semblait très vague.

Gordon O’Connor, ancien ministre de la Défense, a été un des plus grands embrassements pour le gouvernement Harper. Sa gestion du dossier des prisonniers afghans et des allégations de tortures qu’ils auraient pu subir a fait en sorte que les trois partis d’oppositions ont réclamé sa tête. Il sera relégué au ministère du Revenu et Mme Oda au ministère de la Coopération international en août 2007.

Cependant, malgré ces remaniements, il est demeuré évident que le bureau du premier ministre contrôle toujours d’une main de fer les actions de tous les ministres. En fait, il n’est même pas juste de questionner les compétences des ministres, car ils devaient parfois soutenir des positions indéfendables. D’une autre part, le changement d’un ministre n’a jamais vraiment mené à un changement de cap. Le secteur culturel et la lutte aux changements climatiques ne semblent pas vraiment être de grandes priorités pour le gouvernement Harper et le dossier des détenus afghans a refait surface en novembre dernier cette fois-ci sous le ministre Peter MacKay.

En procédant à deux remaniements ministériels majeurs, le premier ministre n’a seulement voulu changer la perception ou trouver un meilleur candidat pour promouvoir les mêmes idées. Et tous les ministres déplacés sont restés au cabinet, sauf Vic Toews, qui s’est vu donné le poste de Président du Conseil du trésor.

Dans le cas de Maxime Bernier, il y a eu une vraie gaffe personnelle. La polémique entourant son appel à la démission du gouverneur de Kandahar a définitivement faite du bruit. Et ces récentes promesses d’aide matérielle à la Birmanie ne pouvaient être gardées. La vase a tout simplement débordé quand il a oublié ce document confidentiel portant sur l’OTAN chez son ancienne copie, Julie Couillard.

Certes, le tout est peut-être gonflé à l’hélium. Le président français Nicolas Sarkozy a réitéré sa confiance en le Canada malgré l’oubli de ce document par M. Bernier chez Mme Couillard pendant cinq semaines. La possibilité que Mme Couillard était écoutée chez elle a été sérieusement remise en doute par des experts du domaine. Et l’association qu’essayent de faire certains entre M. Bernier et les motards semble boiteuse. Le fait que son ancienne copine, qui n’a pas de dossier criminel, ait déjà fréquenté des motards ne devrait pas venir affaiblir le rôle de Maxime Bernier comme ministre.

Toutefois, l’oubli de ce document était un manquement éthique et moral majeur. Ce qui se passe au cabinet doit y rester, le bon fonctionnement du pays en dépend.

M. Bernier a démissionné et il est le premier ministre conservateur à devoir le faire. Il s’est vu forcé à le faire, car il a trop fait, et non car il était inactif, comme les autres ministres qui ont été écartés. Maxime Bernier a été fortement contre-productif avec ses déclarations trop précipitées sur l’Afghanistan et le Birmanie. Il ne devait pas accompagner M. Harper lors de son voyage en Europe et il ne semblait pas qu’il allait suivre son patron au Moyen-Orient plus tard ce printemps. M. Harper attendait peut-être le départ hâtif de ce ministre.

Il reste maintenant de savoir qui le remplacera, car les candidats de taille se font rares dans le caucus conservateurs. De plus, ce sont M. Harper et certains conservateurs québécois qui sont les plus bilingues du caucus. Dernièrement, ce gouvernement qui devra miser sur le Québec pour augmenter son score aux prochaines élections se trouve un peu dans une situation difficile. Il paraît que M. Bernier demeure apprécié dans sa région de la Beauce, mais la situation n’est probablement pas aussi rose dans le reste du Québec, pour ne pas dire le Canada.

Sunday, May 18, 2008

Solutions sans problème

Doit-on se soucier de ce qui se passe dans les ménages du Québec? C’est-à-dire est-ce que la langue parlée dans les foyers du Québec et plus spécifiquement de Montréal doit être chose publique? Non. En fait, il existe des liens entre la baisse du nombre maisons où la langue parlée est le français et comment le français se porte au Québec. Toutefois, ce n’est pas là où est le nœud du problème.

Dans une chronique publiée dans L’actualité, Jean-François Lisée, un ancien conseiller de Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, a mis l’accent sur le fait de parler français à la maison. Il a aussi voulu montrer la distinction entre un immigré qui parle le français et un immigré dont la langue maternelle est le français. Un lien de causalité est remarquable dans la mesure où un nouvel arrivant ayant le français comme langue maternelle, le parlera à la maison et s’intégrera mieux à la majorité québécoise dont la langue maternelle est le français aussi. Cependant, le lien commence à être boiteux. Et un immigrant dont la langue seconde est le français est déjà bien mieux parti que l’autre moitié des immigrants n’ayant aucune connaissance du français.

L’importance de l’immigration au Québec est évidente. Le déséquilibre démographique entre les générations la rendra d’autant plus nécessaire dans les années à venir. Le PQ et les libéraux proposent tous deux une augmentation des seuils. À ce stade-ci, l’attraction d’une plus grande part d’immigrants francophones est un objectif bien trop strict, le gouvernement devra consacrer ses efforts sur l’intégration et la francisation. Il devient clair que le recul du français dans les maisons du Québec est dû à la montée du nombre d’immigrants reçus. Mais on ne peut pas leur interdire de parler leur langue maternelle à la maison. Ces derniers parlent leur langue maternelle à la maison, mais parlent le français au travail. Et la prédominance du français demeure la plus importante dans le monde du travail et en société.

À l’automne dernier, le PQ avait présenté les projets de loi 195 et 196. Ils comprenaient la francisation des PME de 25 à 50 employés, l’inscription à la Charte des droits de la personne du Québec du droit à l’apprentissage du français, une clause sur le respect du patrimoine, la prédominance du français, la protection de la culture québécoise, l’égalité entre les hommes et les femmes et la laïcité des institutions publiques. Une citoyenneté québécoise parallèle à la citoyenneté canadienne était aussi proposée.

L’obtention de cette citoyenneté exigerait une connaissance «appropriée» du français. Cette citoyenneté serait d’autre part requise afin de se présenter aux élections scolaires, municipales et provinciales, de présenter des pétitions à l’Assemblée nationale et de contribuer à la caisse électorale d’un parti politique. M. Lisée est allé plus loin et a recommandé la nécessité de cette citoyenneté pour avoir le droit de vote. Le projet de loi 196 établissait les critères d’une future constitution québécoise.

Les libéraux et l’ADQ ne se sont pas montrés favorables à ce projet. Les libéraux se sont levés contre le projet en raison de la défense de la communauté anglophone et des libertés individuelles, ce qui est honorable. L’opposition de l’ADQ était plus difficile à comprendre. Il y a belle lurette que Mario Dumont parle de l’instauration d’une citoyenneté et d’une constitution québécoises. Serait-ce peut-être le fait que ce projet a été mal reçu par la population qui a incité Mario Dumont à s’y opposer?

Depuis l’automne ce projet a été complètement oublié. Aujourd’hui, le discours de renforcement de la loi 101 de Pauline Marois semble beaucoup moins concis. Elle est allée jusqu’à proposer qu’un employeur devra démontrer la nécessité qu’un seul de ses employés parle une autre langue que le français, si l’employeur exige cela. Pauline Marois n’a pas spécifié les critères de cette nécessité et l’idée de faire du cas par cas selon chaque travailleur semble difficilement applicable. Au niveau de l’individu la proposition est restrictive. Comme dans les grandes villes de l’Europe, la connaissance de l’anglais à Montréal devient une nécessité sans compter pour autant qu’il existe en plus une communauté anglo-québécoise.

Le débat autour de la langue est devenu la nouvelle grande lutte du PQ après l’écartement circonstanciel de la souveraineté. Même si une paix linguistique relative avait été trouvée à la fin des années 80 avec la loi 86 sur l’affichage commercial. La place de la loi 101 dans l’imaginaire collectif québécois demeure importante, même Stéphane Dion a reconnu son importance. L’apport le plus significatif de la loi 101, l’obligation qu’ont les francophones et les immigrants de fréquenter l’école française, demeure intact d’ailleurs.

René Lévesque avait eu beaucoup de difficulté à accepter la loi 101. Au tout début, à la fondation du PQ, il préconisait le libre choix quant à l’éducation. Il venait d’un village bilingue et sa connaissance de l’anglais lui a permis de devenir correspondant de guerre pour l’armée américaine. Il était aussi un défenseur des libertés individuelles. Et la situation de l’époque était beaucoup plus alarmante; une grande part d’immigrants fréquentait l’école anglaise et une importante partie de l’affichage publique était en anglais.

L’enjeu de la langue pour les Québécois, c’est comme l’enjeu de la race pour les Noirs américains. La langue française est le pilier le plus crucial pour la distinction de la nation québécoise. Le PQ en est bien au courant et entend exploiter cette importance accordée à la langue. Mais ces solutions du PQ ne viennent-elles pas à un moment où il n’y a pas de problème réel?

Tuesday, May 13, 2008

Qui aurait cru?

Jean Charest a connu sa première descente en 1990 quand il s’est vu forcé à démissionner du cabinet du Premier ministre Brian Mulroney pour s’être intervenu illégalement dans un processus judicaire. Le jeune député de 32 ans a rapidement rebondit en étant réintégré au cabinet comme ministre de l’Environnement. Il a ensuite suivi le Parti progressiste-conservateur du Canada dans la chute de l’Accord du Lac Meech et de l’Accord de Charlottetown, deux tentatives échouées de réintégrer le Québec à la constitution canadienne. Il a été un des deux seuls députés élus du PPC aux élections fédérales de 1993. Il a finalement mené le défunt parti aux élections de 1997 en récoltant un faible 18% du vote soit 20 sièges sur 301, surtout car le terrain de la droite était occupé par le, aussi défunt, Parti réformiste.

Étant donné ses qualités de débateur, il a été propulsé à la tête du Parti libéral du Québec en 1998 après la démission de Daniel Johnson. Jean Charest était peut-être le seul grand nom fédéraliste qui avait l’étoffe pour affronter les remarquables capacités d’orateur du chef Parti québécois Lucien Bouchard. Cette même année, il a croisé le fer dans une lutte électorale avec le PQ de M. Bouchard. Les libéraux ont en fait reçu plus d’appuis populaires, mais nettement moins de sièges que les péquistes, ce qui leur a valu un retour dans l’opposition. Ceci voulait dire pour Jean Charest, deux défaites électorales, en tant que chef de deux partis différents, en un peu plus d’un an.

Jean Charest sera chef de l’opposition officielle à Québec jusqu’en 2003, lorsque les libéraux remporte un mandat majoritaire. M. Charest avait réussi à paralyser le chef péquiste Bernard Landry lors du débat des chefs pour renverser la tendance de la campagne en sa faveur.

Son premier mandat au gouvernement avait été parsemé de faux pas. La construction de la centrale de gaz du Suroît et le projet de vente du parc nationale du mont Orford, lui ont couté son ministre de l’Environnement, Thomas Mulcair. L’imposition loi 142 a créé une grogne dans le secteur syndicale. L’imposition de la loi 33 a été une gifle pour le système de santé publique québécois, duquel il s’était fait le grand défenseur aux élections de 2003. Il a dû faire marche arrière sur une proposition qui augmenterait les subventions aux écoles juives privées. Même un journal comme The Gazette, généralement clément à l’ordre du PLQ, lui rendait souvent des jugements sévères.

La ferveur souverainiste a aussi été alimentée par le scandale des commandites et la forte performance du Bloc québécois aux élections fédérale de juin 2004. Aux printemps 2005, la souveraineté recueillait un appui de 54%, ce qui était loin d’être rassurant pour M. Charest.

Il est possible de dire que Jean Charest ait vu une première lueur d’espoir quand le Parti conservateur de Stephen Harper a été porté aux pouvoir en janvier 2006. M. Charest, un ancien conservateur fédéral, partage avec M. Harper une vision similaire du fédéralisme. Cette vision que le Premier ministre du Canada appelle «fédéralisme d’ouverture» s’est traduite par l’octroi d’un siège au Québec dans la délégation canadienne à l’UNESCO, le règlement du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces et la reconnaissance des Québécois comme nation par la Chambre des communes. Ce dernier a cependant aussi réussi à se tenir debout devant son homologue fédéral à quelques reprises, particulièrement quand il est allé chercher 350 millions de dollars à Ottawa en février 2007 pour le plan environnemental du Québec.

C’est avec l’élan de cette entente fédérale-provinciale et d’un sondage qui mettait son parti en première place que Jean Charest a rendu visite à la lieutenant-gouverneur pour déclencher des élections après la présentation d’un budget de formalité par son ministre sortant Michel Audet.

Les résultats de ce scrutin, tenu le 26 mars 2007, ont été catégorisés par la percée phénoménale de l’ADQ et le recul historique du PQ. Les analystes ont crié à la catastrophe pour les libéraux qui s’étaient trouvé réduits à un gouvernement minoritaire, mais deux ans auparavant le PQ récoltait 49% des intentions de votes et l’idée que Jean Charest soit reporté au pouvoir semblait inconcevable.

La crise ne se passait pas directement au PLQ, mais c’était le visage de tout le Québec qui était en profond changement. On assistait à des tendances vers le conservatisme tant social qu’économique et une modification dans les façons de concevoir le nationalisme québécois. De plus, Jean Charest était bien au courant du jugement tout de même sévère de la population. Un appui populaire de 33%, un fond historique pour le PLQ et une courte victoire dans son propre compté l’ont forcé à agir en conséquence.

Aujourd’hui, le Premier ministre se porte bien, il est plus à l’écoute de la population et plus attentionné au gouvernement. Il use bien de son sens de l’humour et un soutien de 97% de la part de ces militants ne peut que le faire sourire au moment de célébrer sa dixième année à la tête du Parti libéral. On l’avait néanmoins enterré à de nouveau à l’automne passé, car quelques sondages lui ont accordé de faibles résultats, particulièrement parce qu’il ne s’était pas forgé une place dans le débat identitaire conduit par le PQ et l’ADQ.

Depuis, le Premier ministre s’est fait champion de l’économie vantant l’excellent taux d’emploi, une statistique facilement vendable. Il a aussi mis de côté les rapports Castonguay et Montmarquette qui tendaient fortement vers la droite. Les récents sondages lui sont très favorables, mais il faut les prendre avec autant de cynisme que ceux de l’automne passé. Par contre on ne peut pas oublier qu’il est question de Jean Charest, un homme au parcours imprévisible. Si le court terme est trompeur, le long terme l’est moins. Qui aurait donc cru que cet ancien chef du Parti progressiste-conservateur pourrait être le premier chef de gouvernement au Québec à gagner trois mandats de suite depuis Maurice Duplessis en 1952?